Charlotte Delbo : à la mesure des témoignages au féminin D’une génération à l’autre : l’écriture des grands témoin

Charlotte Delbo : à la mesure des témoignages au féminin D’une génération à l’autre : l’écriture des grands témoins

dimanche 12 mars 2017 à 16h30 au Mémorial de la Shoah
17 rue Geoffroy l’Asnier 75004 Paris

Rencontre Animée par Anny Dayan Rosenman.

En présence de Paul Gradvohl, co-auteur de Charlotte Delbo (Fayard, 2013), Michèle Tauber, maître de conférences en littérature hébraïque, université Paris 3- Sorbonne Nouvelle, Ghislaine Dunant, écrivain, auteure de Charlotte Delbo, la vie retrouvée (Grasset, 2016), et Claude-Alice Peyrottes, comédienne et metteur en scène.

Toutes les infos:

http://www.memorialdelashoah.org/evenements-expositions/rencontres/charlotte-delbo-a-mesure-temoignages-feminin.html

 

« Rue de l’Arrivée, Rue du Départ »

« Rue de l’Arrivée, Rue du Départ » Charlotte Delbo

Textes extraits de Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo (Éditions de Minuit)
Mise en scène
Claude Alice Peyrottes
Avec Julie Bouriche, Rémi Dessenoix, Charlotte Ravinet
Costumes
Nicolas Fleury
Samedi 11 mars à 19h
Médiathèque Georges Sand
41, Place des Prieurs
Dammartin-en-Goële
Sous une forme chorale, deux comédiennes et un comédien disent les textes de Charlotte
Delbo dans un dispositif scénique proche de la salle de classe. Cette proximité dans
l’espace avec le public, permet d’établir une relation d’écoute, une intimité avec le texte.
Les trois acteurs et leur metteure en scène proposent une rencontre avec le public à l’issue de la représentation.
« La mise en scène d’une très grande sobriété, souligne la puissance d’un texte brut, sans
haine et sans complaisance avec les brûlures de l’histoire » Paris-Normandie/mars 2013
Durée du spectacle : 45 minutes. Production : Compagnie Bagages de Sable,
CDR de Haute Normandie/Théâtre des Deux Rives.
Pour tout renseignement/Médiathèque Georges Sand
01 60 54 97 32
Compagnie Bagages de Sable
06 89 83 60 85

Rencontre avec Ida Grinspan et l’équipe de « Mesure de nos jours » de Charlotte Delbo

« Charlotte aurait été contente si elle vous avez vues (…) C’est pas difficile, pendant que vous lisiez, j’entendais Charlotte qui parlait. »

Rencontre avec Ida Grinspan, la metteure en scène Claude-Alice Peyrottes et les comédiennes de « Mesure de nos jours » de Charlotte Delbo: Sophie Amaury, Sophie Caritté, Marie-Hélène Garnier, Maryse Ravéra et Maud Rayer, à la sortie d’une représentation au théâtre de l’Epée de bois, Paris en 2015

Mesure de nos jours

Nous serions heureux de vous accueillir pour la représentation de 
Mesure de nos jours de Charlotte Delbo
le Jeudi 2 février à 20h30 au Rayon Vert de Saint Valéry en Caux.
Mesure de nos jours de Charlotte Delbo
Mise en scène Claude-Alice Peyrottes
Assistante Maryse Ravera
avec Sophie Amaury, Sophie Caritté, Marie-Hélène Garnier, Claude-Alice Peyrottes, Maud Rayer,et Maryse Ravera
Costumes: Nicolas Fleury
Régie / Lumières: Marco Leroy
visioscene
 
 

 

Hommage à Charlotte Delbo

Le 8 mars 2016

journée internationale des droits de la femme

Hommage à Charlotte Delbo

Suite aux démarches de l’association Les Amis de Charlotte Delbo depuis 2013, la
Ville de Paris a apposé ce 8 mars 2016, à 11h45, une plaque commémorative à la
mémoire de Charlotte Delbo. La cérémonie de dévoilement de la plaque s ‘est ouverte
par l’allocution de Mme Florence Berthout, conseillère de Paris et conseillère
régionale d’Ile-de-France, maire du 5eme arrondissement, suivi de l’évocation de la
vie et de l’oeuvre de Charlotte Delbo, par Mme Claude Alice Peyrottes, présidente
d’honneur de l’association les Amis de Charlotte Delbo, co-directrice de la compagnie
Bagages de Sable et de l’allocution de Mme Catherine Vieu-Charrier, adjointe à la
maire de Paris, chargée de toutes les questions relatives à la mémoire, au monde
combattant.
Cette cérémonie a été suivie à 18h30 à la mairie du 5eme, d’une conférence
d’Elisabetta Ruffini, directrice de l’Institut de l’histoire de la Résistance (ISREC de
Bergame), traductrice de Charlotte Delbo et conceptrice de l’exposition Charlotte
Delbo, une mémoire à mille voix. La conférence était accompagnée de lectures de
l’oeuvre de Charlotte Delbo, par Magali Chiappone-Lucchesi, docteur de l’Université
Paris III avec Claude Alice Peyrottes et de moments musicaux par le flûtiste,
concertiste, François Veilhan, créateur de l’ensemble Campsis

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*

Discours de Claude Alice Peyrottes, présidente d’honneur de l’association Les Amis de Charlotte Delbo, metteure en scène, co-directrice de la compagnie Bagages de Sable.
Paris le 8 mars 2016

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« Chacun témoigne avec ses armes …je considère le langage de la poésie comme le
plus efficace- car il remue le lecteur au plus secret de lui-même et le plus dangereux
pour les ennemis qu’il combat. » Charlotte Delbo
Ces propos sont extraits d’un entretien paru dans « Le Monde » du 20 Juin 1974, avec
son ami l’écrivain François Bott, qu’elle avait désigné comme « son lecteur », et qui
est aujourd’hui parmi nous.
Evoquer la vie de Charlotte Delbo, c’est évoquer la vie d’une femme à la personnalité
et au destin extraordinaire. Tous ceux qui ont eu la chance de la fréquenter, de la
connaître, évoquent son allure altière, son élégance, son intelligence, son sens de
l’humour et ses réparties « piquantes », sa générosité envers sa famille et ses amis,
son sens profond de l’amitié qu’elle leur prouvait, dans les moments les plus difficiles,
mais aussi sa pudeur quant à ses sentiments les plus intimes, ses moments de solitude
face aux cauchemars qui l’assaillaient, ses angoisses à la tombée du jour et cette
attention particulière qu’elle savait porter aux plus jeunes de ses connaissances.
Evoquer la vie et l’oeuvre de Charlotte Delbo c’est évoquer la vie d’une femme
engagée dans les luttes de son temps, d’un écrivain, d’une écrivaine au destin
exceptionnel.
Charlotte Delbo est née à Vigneux-sur-Seine dans l’Essonne. Issue d’un milieu
modeste, de parents immigrés italiens. Elle est l’aînée de quatre enfants.
Après une scolarité à l’école publique de Vigneux, elle suit une formation de sténodactylo
bilingue en anglais.
Cette formation jouera un rôle très important dans sa future vie professionnelle.
C’est à l’âge de 17 ans qu’elle trouve son premier emploi à Paris comme secrétaire
d’une entreprise d’import/export située au coeur des beaux quartiers.
Dès lors Charlotte Delbo passe l’essentiel de son temps à Paris, et c’est à Paris qu’elle
fera les rencontres qui marqueront de façon décisive sa vie. Henri Lefebvre, Georges
Dudach et Louis Jouvet.
Très jeune, en 1932, elle adhère et milite au mouvement des jeunesses communistes.
C’est dans le quartier latin qu’elle fait par hasard la connaissance de Henri Lefebvre
qui n’est pas encore devenu le sociologue et philosophe de renom. Dans un de ses
Curriculum Vitae datant des années 60, elle écrit :
« Je n’ai pas fait d’études officielles, et aucun diplôme n’atteste de mes
connaissances. Cependant j’ai fait de la philosophie avec Henri Lefebvre de 1932 à
1934. »
C’est à Paris, toujours, qu’elle rencontre en 1934 « son amoureux du mois de mai »,
Georges Dudach, avec qui elle se marie en 1936 dans le 3eme arrondissement. Elle a
23 ans il en 22. Comme elle, il est issu d’un milieu modeste.
Tous les deux partagent le même engagement, ils ont le même appétit de culture, la
même indignation devant l’injustice, la même ambition, se battre pour changer le
monde, « vivre des moments de bonheur » .
Georges Dudach qui a de nombreuses responsabilités au sein du Parti communiste
devient rédacteur en chef de la revue Les Cahiers de la Jeunesse dirigée par Paul
Nizan.
Charlotte Delbo participe aux pages culturelles, fait des comptes rendus sur des
livres, écrit des articles dans la rubrique théâtrale. C’est à l’occasion d’un article sur le
théâtre pour cette revue qu’elle rencontre Louis Jouvet au théâtre de l’Athénée en
1937. Deux jours après cette rencontre, Jouvet la convoque
A la relecture de son article, avant sa publication, il lui dit :
« Ça me plaît bien ce que vous avez écrit, je retrouve mon souffle, mes idées, ça me
plaît à ce point que je vais vous demander d’être ma secrétaire. »
Cette rencontre sera décisive, à plus d’un titre, pour Charlotte Delbo, mais aussi pour
Louis Jouvet qui trouve en elle une secrétaire, une assistante remarquable pouvant
rendre compte au plus près des idées, du mouvement de la pensée, et du souffle du
« patron » qu’elle appelait « Monsieur Jouvet » Ainsi pendant 4 ans elle prend en
note les cours de Louis Jouvet au Conservatoire d’Art Dramatique….
C’est donc grâce à ses compétences professionnelles, mais aussi à sa capacité
d’écoute, son sens aigu de l’observation, sa vivacité intellectuelle, son goût pour la
littérature, le théâtre et les conversations qu’elle aimait partager avec lui, que nous
pouvons lire aujourd’hui encore, les cours du Conservatoire de Louis Jouvet, qu’elle
prenait en sténo, puis retranscrivait et qu’il n’a jamais retouchés.
En 1941, Charlotte Delbo suit la troupe de l’Athénée, dans sa tournée en Amérique
du Sud.
En Septembre de la même année, elle décide de les quitter malgré l’insistance de
Louis Jouvet pour qu’elle n’en fasse rien. Elle rejoint à Paris son époux Georges
Dudach engagé dans la résistance intérieure. Vivant tout deux dans la clandestinité,
« dans le brouillard » ils sont arrêtés ensemble à leur domicile parisien le 2 Mars
1942, par les brigades spéciales de la Police Française. Interrogés séparément ,
Georges Dudach sera torturé, puis emprisonné à la prison du Cherche Midi,
Charlotte Delbo à la prison de la Santé.
A l’aube du 23 Mai 1942, ils sont autorisés à se revoir une dernière fois dans une
cellule de la prison de la Santé.
Dans une de ses pièces de théâtre « Les hommes », Charlotte se met en scène sous le
nom de Françoise, évoquant sa vie avec Georges sous le nom de Paul, elle écrit :
« Paul disait que sacrifice n’est pas gaspillage puisqu’il est nécessaire, puisque sans
le sacrifice de quelques uns- quelques uns ? Des milliers-il n’y aurait d’avenir pour
personne. » Georges Dudach est fusillé le jour même au Mont-Valérien en même
temps que ses camarades Georges Politzer, Jacques Solomon, Jean-Claude Bauer,
Claude Gaulué, et André Pican. Il a 29 ans. Tous « Morts pour la France ».
En Août 1942, elle est transférée au Fort de Romainville où elle fait la connaissance
de celles qui partageront sa case et formeront avec elle un groupe solidaire à
Birkenau : Viva, Yvonne Blech,Yvonne Picard, Lulu, Cécile, Carmen, puis Madeleine
Doiret, Poupette…
Le 24 Janvier 1943, il y a 73 ans 230 femmes, en majorité des combattantes de la
Résistance, quittent Compiègne dans des wagons à bestiaux verrouillés pour une
destination inconnue d’elles.
Le 27 Janvier 1943 ce convoi dit des 31000, arrive à Auschwitz–Birkenau, après 3
jours et 3 nuits de train.
Sur les 230 femmes de ce convoi, 49 sont revenues après 27 mois de déportation,
dont Charlotte Delbo, et parmi elles, Marie-Claude Vaillant-Couturier, témoin
historique au procès de Nuremberg, Madeleine Jegouzo, Marie-Elisa Nordman…
Quelques mois après son retour des camps en Juin 1945, alors qu’elle se trouve dans
une maison de repos en Suisse à Mont-sur-Lausanne, elle écrit sur un cahier
d’écolier , d’un trait, le livre qu’elle avait conçu dans sa tête, lorsqu’elle était à
Auschwitz, et dont elle connaissait le titre « Aucun de nous ne reviendra », un vers
d’Apollinaire, témoignage poignant de ce que fut l’inconcevable réalité de
l’expérience concentrationnaire, et un hommage bouleversant à la mémoire de ses
camarades, des victimes de la Shoah, de tous ceux qui ne sont pas revenus.
Ainsi Charlotte a tenu sa promesse. Ecrire, pour avant tout « donner à voir ».
Voici ce que dit l’historienne Annette Wieviorka à propos de son oeuvre-témoignage.:
« Ce qui frappe d’abord, c’est le fait que cette façon d’écrire après Auschwitz est
unique(…) C’est d’emblée un témoignage qui est collectif, où Charlotte Delbo parle
au nom de ses compagnes, ses compagnes qui n’ont pas survécu, comme ses
compagnes qui, comme elle, ont pu rentrer. (…) Ce qui me semble être aussi une
particularité très importante de l’oeuvre de Charlotte Delbo, c’est la façon dont elle
parle de ce qui s’est passé pour les juifs et ce, dès l’ouverture de sa trilogie(…) elle
ne raconte pas son histoire, elle raconte l’histoire des autres. Charlotte Delbo
témoigne, et elle témoigne de ce qu’a été le sort des juifs dont elle a été le témoin.
C’est quelque chose qui est tout à fait exceptionnel. »
Dès lors, elle n’aura de cesse d’écrire, poèmes, essais, nouvelles, pièces de théâtre.
L’essentiel de son oeuvre littéraire sera d’abord publié aux Editions de Minuit et chez
Berg International.
A son retour de la maison de repos en Suisse, Charlotte Delbo travaille quelque temps
encore au théâtre de l’Athénée et dès novembre 1947, elle postule et obtient de
travailler à l’ONU à Genève. Elle a 34 ans. Elle restera 12 ans en Suisse, durant
lesquels, malgré son éloignement et ses nombreux voyages professionnels à
l’étranger, elle revient régulièrement à Vigneux voir sa mère et à Paris : « Tu sais je
n’ai rien raté » dira-t-elle à son amie Ida Grinspan, évoquant les événements
culturels, spectacles, expositions, concerts, opéras…
Voici ce que Françoise dit dans la pièce « Les hommes » , évoquant sa vie à Paris
avec Paul, c’est-à-dire Georges :
« La raison aide-t -elle à vivre? C’est par le coeur qu’on vit, non par la raison. Nous
décidons toujours en fonction du raisonnable et le coeur ne le supporte pas. Et que
fallait-il donc faire ? Rester à l’abri, attendre…Ni Paul ni moi ne le pouvions.
Comment rester muet, rester indifférent, quand on tue, quand on torture, quand on
anéantit tout ce qui fait corps avec nous : les amis, la vie elle même, et la ville que
nous aimions, défigurée par eux, réduite au silence. Que nous nous sommes
promenés dans la ville, Paul et moi, à bavarder, à parler sans fin ; la ville nous
appartenait toute avec les rues qui nous étaient familières et celles que nous
découvrions ; les affiches, les cafés, les boutiques, les endroits où nous nous étions
donné rendez-vous. Nous entassions des souvenirs (…) souvent pendant ces
promenades, j’essayais de nous voir vieillis, devenus vieux, et je me disais : c’est joli
un vieux couple. »
En 1957, Charlotte fait l’acquisition de cet appartement rue Lacépède. En 1960, elle
se réinstalle définitivement à Paris. Paris c’est la ville de sa jeunesse, de ses combats,
de sa vie avec Georges.
Elle retrouve Henri Lefebvre et devient son assistante, d’abord à l’université de
Strasbourg, puis à Nanterre. Charlotte Delbo termine sa carrière professionnelle en
1978 au CNRS.
Elle continuera tout au long de sa vie à s’engager personnellement, essentiellement
par l’écriture. « Je n’écris pas pour écrire. Je me sers de la littérature comme d’une
arme car la menace m’apparaît trop grande. »
Charlotte Delbo disait écrire pour les générations futures.
En 1972, Lors d’une conférence à New York, à l’ouverture du cours de littérature
française de Rosette Lamont, voici ce que dit Charlotte Delbo :
« Pourquoi j’ai écrit sur Auschwitz ? »
« -Pour porter à la connaissance, pour porter à la conscience. L’événementl’histoire-
n’entrent dans la mémoire de l’humanité que s’ils sont portés à la
connaissance, c’est-à-dire à la conscience. Porter à la conscience, c’est porter au
langage. Porter au langage ne signifie pas simplement:mettre en écrit. Porter au
langage, cela veut dire se servir du langage, des mots que savent les autres, pour leur
communiquer émotion, sentiment, expérience vécue-ou imaginée-vérité.Le langage
est porté par l’émotion, par la force du sentiment. S’il n’est pas chargé de ce contenu,
de cette richesse, le langage n’est plus langage. Il est verbiage. Le langage est plein,
inépuisable. C’est pourquoi les grandes oeuvres trouvent un écho chez ceux qui les
lisent des siècles plus tard ; c’est pourquoi les grands oeuvres nous parlent encore et
portent encore une vérité inépuisable. »
Dans ses oeuvres on ne trouve pas de haine, pas de ressentiment, et malgré les
terribles épreuves qu’elle a vécues elle gardera confiance en l’Autre, son semblable,
en son humanité comme en témoignent ses paroles dans un entretien avec Jacques
Chancel dans son émission Radioscopie de 1974 :
Jacques Chancel : – Vous aviez quel âge à Auschwitz ?
Charlotte Delbo : – 25 ans
J.Chancel :- C’était la jeunesse
C.Delbo : – La jeunesse oui…
J.Chancel : – 27 mois gâchés
C.Delbo : – Non c’est pas gâché, non c’est pas gâché puisque je suis revenue, ce que
j’ai appris là…mais personne, personne ne l’apprendra, j’ai payé cher, mais c’est
quelque chose qui n’a pas de prix…j’ai appris le…j’ai vu le courage, j’ai vu la bonté,
j’ai vu la générosité, j’ai vu ce que les autres ont fait pour moi, celles qui m’ont
portée, celles qui m’ont aidée, celles qui m’ont donné à boire quand j’avais soif,
celles qui se sont privées de leur pain pour obtenir un verre de boisson pour moi
alors que je mourais de soif, alors vous savez, ça donne en même temps une très
grande confiance dans son semblable.
Charlotte Delbo est décédée le 2 Mars 1985 à l’âge de 72 ans.
Au nom de l’association Les Amis de Charlotte Delbo et de son président Yves
Jegouzo, nous remercions la Ville de Paris, ses élues, Mme Hidalgo, Mme Berthout,
Mme Vieu-Charrier, et toutes celles et ceux qui ont contribué à honorer la mémoire
de Charlotte Delbo par le dévoilement de cette plaque commémorative dans ce
quartier et cette ville qu’elle aimait tant.

Colloque International Charlotte Delbo (1913-1985) Engagements, univers concentrationnaire, oeuvre.

Colloque international

Charlotte Delbo (1913-1985)

Engagement, univers concentrationnaire, oeuvre

1er mars 2013 : Bibliothèque nationale de France

2 mars 2013 : Comédie-Française

organisé par

La Bibliothèque nationale de France, L’Université Rennes 2, L’association Les Amis de Charlotte Delbo, L’institut d’Histoire Contemporaine de la Résistance, Bergame, Italie,

en partenariat avec la Comédie-Française

Président d’honneur : Rithy Panh

Comité scientifique (ordre alphabétique)

David Caron (Professeur des universités, Université du Michigan, USA) Joël Huthwohl (Directeur du département des Arts du spectacle, BnF, France) Christiane Page (Professeur des universités, Laboratoire théâtre, Université Rennes 2, EA 3208, France) Claude-Alice Peyrottes (Présidente de l’Association Les Amis de Charlotte Delbo, Metteur en scène, codirectrice de la Compagnie Bagages de Sable, France) Claudine Riera Collet (Ayant-droit de l’auteure, Elisabetta Ruffini (Directrice de l’Institut d’Histoire Contemporaine de la Résistance, Bergame, Italie) Nicole Thatcher (Chercheure invitée, Université de Westminster, Grande Bretagne) Annette Wieviorka (Directrice de recherche au CNRS – IRICE-Paris1, France)

Ce colloque est à l’initiative de Claudine Riera Collet, ayant-droit et légataire universel de Charlotte Delbo, dans le cadre des manifestations prévues pour le centenaire de la naissance de l’auteure mis au nombre des commémorations nationales 2013 par le Haut Comité des Commémorations Nationales (Ministère de la Culture et de la communication)

Secrétaire de Louis Jouvet, puis résistante, Charlotte Delbo est déportée à Auschwitz (1943) et parle poésie, littérature et théâtre à ses compagnes de captivité, car « le plus grand recours, c’est de parler. C’est ça qui sauve » (Madeleine Chapsal, L’Express, 1966). À son retour elle continue son travail avec les mots : « Pourquoi j’ai écrit sur Auschwitz : pour porter à la connaissance, pour porter à la conscience. L’évènement – l’histoire – n’entrent dans la mémoire de l’humanité que s’ils sont portés à la connaissance, c’est à dire à la conscience. Porter à la conscience, c’est porter au langage. Porter au langage ne signifie pas simplement : mettre en écrit. Porter au langage, cela veut dire se servir du langage, des mots que savent les autres, pour leur communiquer émotion, sentiment, expérience vécue – ou imaginée -, vérité. » (Charlotte Delbo, Extrait d’un communiqué, Université de New York, 10 octobre 1972 après la lecture de « Spectres, mes fidèles »).

Son oeuvre poétique et dramatique, enfin reconnue, interroge désormais les chercheurs comme les artistes (elle est, pour le réalisateur Rithy Panh, une référence essentielle, et nombreux sont les metteurs en scène qui montent ses textes poétiques ou dramatiques).

Elle ne cherche pas à établir un savoir sur les camps d’extermination nazis mais à communiquer la vérité d’un vécu inimaginable, non partagé par la majorité de ses lectrices et lecteurs. Elle a recours à la poésie car, « seul le langage de la poésie permet de donner à voir et à sentir » (Entretien de Claude Prévost avec Charlotte Delbo, « La déportation dans la littérature et l’art », La Nouvelle Critique, juin 1965, No 167, p. 42). Dans la trilogie Auschwitz et après et dans La Mémoire et les jours, ce langage prend forme dans une combinaison de prose poétique et de vers libres qui présente une disposition spatiale traduisant les silences et les effets de résonance dans un rythme qui s’accorde aux mouvements des corps souffrants.

Bien que la re-présentation théâtrale de la déportation (étymologiquement la possibilité de re-présenter ce qui a déjà eu lieu), semble impossible, du fait de l’inadéquation entre un univers qui anéantit l’homme et la forme théâtrale, Charlotte Delbo s’est aussi tournée vers la forme dramatique pour rendre compte de son expérience d’Auschwitz et dénoncer toutes les formes d’oppression : engagée à gauche, elle a écrit sur la guerre d’Algérie, le goulag, la dictature argentine, le procès de Burgos, la Révolution des oeillets au Portugal, mai 68. Les procédés d’écriture qu’elle utilise font de son oeuvre non seulement un témoin d’un moment de l’histoire où le malaise dans la civilisation devient synonyme de catastrophe, mais aussi une recherche qui se situe entre éthique et esthétique et questionne le passé en relation avec le présent à partir de voix féminines, multipliant la sienne et sonnant comme un avertissement. Son travail littéraire et sa dramaturgie ouvrent sur plusieurs problématiques qui ont à faire avec le traitement contemporain de la mémoire par l’écriture et sur scène, et de nombreux lecteurs et spectateurs témoignent du choc émotionnel provoqué par leur rencontre avec l’oeuvre.

Ce colloque se veut interdisciplinaire par le choix, d’une part, de ne pas cloisonner les différents écrits de Charlotte Delbo dans des cases académiques préétablies et d’autre part par la volonté d’être ouvert à des chercheurs de différentes disciplines.

Trois grands axes de réflexion sont proposés, qu’illustrent ces phrases de Charlotte Delbo :

Témoignage et transmission : « Chacun témoigne avec ses armes … je considère le langage de la poésie comme le plus efficace — car il ramène le lecteur au secret de lui-même — et le plus dangereux pour les ennemis qu’il combat. […] Je pose aux lecteurs et aux spectateurs une question : qu’avez-vous fait, que faites-vous de votre vie ? Qu’ils éprouvent l’envie de chercher une réponse me donnerait le sentiment de ne pas écrire en vain. Je n’écrirais pas si cela me paraissait inutile » (« Entretien avec Charlotte Delbo » propos recueillis par François Bott Le Monde des livres, 20 juin 1975, p. 15.

Poésie, littérature, théâtre : « Pourquoi, soudain, ce que j’écris revêt la forme d’un poème ? Pourquoi soudain, je vois un personnage se dessiner et se mouvoir ? Je ne sais pas. […] Chez moi, c’est le sujet qui impose la forme ».

L’engagement : « N’y a-t-il pas toujours eu des raisons de s’indigner ? » (Charlotte Delbo, Les Belles lettres,

Éditions de Minuit, 1961/2012.

« Écrire est un acte qui engage tout l’être. C’est un acte grave, dangereux. Il y faut du courage. On y risque parfois sa vie et sa liberté (qu’on songe aux écrivains dans les régimes totalitaires), toujours sa réputation, son nom, sa conviction, sa tranquillité, quelquefois sa situation, souvent ses amitiés. On met en jeu sa sensibilité, ce qu’il y a de plus profond en soi. On s’arrache la peau. On se met à vif. » Charlotte Delbo, « Chronique », Le Monde, 11 Septembre 1981

1er mars

Lieu : Petit Auditorium de la BNF/François Mitterrand

9h 30. Accueil des participants.

9h45. Ouverture par Jacqueline SANSON, directrice générale de la BnF.

Lecture d’un texte, de Charlotte DELBO par Claudine RIERA-COLLET ayant droit de Charlotte DELBO.

Présentation du colloque par Christiane PAGE, professeur des universités (Rennes 2).

Première séquence : Présidence de séance Nicole THATCHER

10h. STUPAR Mileva, « Les archives de Charlotte DELBO, reflets d’une vie ».

10 h 20. MARQUART Sharon, « Entre silence et reconnaissance : De l’engagement humanitaire chez Charlotte DELBO. »

10 h 40. GRADWOHL Paul, « Charlotte DELBO et le communisme, Charlotte DELBO et les communistes. »

11 h 00. Discussion.

11h 15. Pause.

11 h 45. Table ronde : « Charlotte Delbo : son rapport à l’art et à sa propre oeuvre artistique ». Médiatrice Elisabetta RUFFINI

Intervenants : Claudine Riera Collet (Ayant-droit et amie de Charlotte Delbo), Ghislaine Dunan (oeuvre littéraire),

François Veilhan (musique), Alain Kremski (musique), Yves Thouvenel (l’oralité et mise en voix de l’oeuvre de Charlotte Delbo).

12h30 : Pause repas.

Deuxième séquence : Présidence de séance Elisabetta RUFFINI

14 h 00. CORBEL Laurence, « Le statut du témoignage dans Auschwitz et après : vérité, véridicité et fiction. »

14 h 20. SARACZYNSKA Maja, « Le témoignage de Charlotte DELBO en quête d’une forme adéquate. »

14h 40. CLOSSON Marianne, « Représenter pour penser : enjeux politiques, éthiques et esthétiques dans l’oeuvre théâtrale de Charlotte DELBO. »

15 h 00 : Discussion.

15 h15 : Edith SCOB : Lectures d’extraits de Spectres mes compagnons.

15 h 30 : Pause repas.

Troisième séquence : Présidence de séance David CARON

16 h. BODY Jacques, « L’Empreinte de GIRAUDOUX dans la vie, dans l’oeuvre et dans la pensée de Charlotte DELBO. »

16h 20. AUGEREAU Flore, « Louis Jouvet, un maître pour Charlotte DELBO ? »

16 h 40. CHIAPPONE Magali, « La respiration de Charlotte DELBO et le souffle de Louis Jouvet. »

17 h : Discussion de clôture de la journée

17 h 30. Projection du Film documentaire : « L’histoire du convoi du 24 Janvier 1943- Auschwitz-Birkenau » de Claude Alice PEYROTTES et Alain CHERAFT (50 mn).

Conclusion du premier jour Rithy PAHN (sous réserve)

2 mars

Lieu : Studio-Théâtre de la Comédie-Française

9 h. Accueil des participants

9 h 15. Ouverture de la journée par Muriel MAYETTE et Christiane PAGE

Première séquence : Présidence de séance Christiane PAGE

9 h 30. BRODZIAK Sylvie, « Florilège épistolaire et engagement pendant la guerre d’Algérie : Les Belles Lettres de Charlotte DELBO. »

9h 50. PARRAU Alain, « Charlotte DELBO et Hanna LEVY-HASS : l’expérience des camps et la question de la communauté. »

10 h 10. FROLOFF Nathalie, « Ce poète qui nous avait promis des roses. »

10h 30. Discussion.

10 h 45. Pause.

11 h 15. Table ronde, « Interpréter l’histoire : témoignage historique / création et interprétation ». Médiatrice Annette

WIEVIORKA

Intervenants : François Bott, Claude-Alice Peyrottes, Catherine Coquio et Judith Lyon-Caen.

12h30 Pause repas

Deuxième séquence : Présidence de séance Joël HUTHWOHL

14 h 00. MARTEAU Frédéric, « Regarder, voir, savoir – Enjeux du regard et poétique de la lecture dans l’oeuvre de Charlotte DELBO »

14 h 20. NATOLI Alexandra, « Essayez de regarder. Essayez pour voir : » Transmission et rapportage à travers le corps humain et les fonctions corporelles dans Qui rapportera ces paroles ?, et Aucun de nous ne reviendra »

14h40. KORETSKY Carolina, « Du cauchemar concentrationnaire au rêve collectif. »

15 h. Discussion.

15 h15 Pause

15h30. BRUNETAUX Audrey, « Images-déchirures et monstration: l’écriture photographique de Charlotte DELBO. »

15h 50. BERNARD-NOURAUD Paul, « Parler du passé comme s’il était présent ». Déploiements de l’espace-temps du témoignage chez Charlotte DELBO au travers de ses hypotyposes. »

16h10 Discussion

16h30 Conclusion : « Charlotte Delbo, Une littérature de la conscience »1 Extraits d’entretiens filmés avec des proches de Charlotte DELBO (20 mn), Claude-Alice PEYROTTES. (Sous réserve)

1. Rosette Lamont, critique de théâtre, auteur, professeur de littérature française et comparée aux USA, et amie de Charlotte Delbo.