Don des archives de la compagnie Bagages de sable à la Bibliothèque Nationale de France

A l’occasion du centenaire de la naissance de Charlotte Delbo, la Compagnie Bagages de Sable a fait don des ses archives à la Bibliothèque nationale de France, département des arts et du spectacle, sur la réalisation de la nuit des lectures publiques de l’oeuvre de Charlotte Delbo. Cet événement public et national avait nécessité deux ans de préparation.

Le 3 Février 1995, dans les 154 communes d’origine des femmes du convoi du 24 Janvier 1943, 320 comédiennes deux par deux dans chaque commune, ont lu toute  la nuit durant, « l’oeuvre-témoignage » de Charlotte Delbo, Auschwitz et après.

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MESURE DE NOS JOURS de Charlotte Delbo

MESURE DE NOS JOURS de Charlotte Delbo

Mise en espace: Claude-Alice Peyrottes//Avec Sophie Amaury, Sophie Caritté, Catherine Dewitt, Marie-Hélène Garnier, Maryse Ravéra et la voix de Elisabeth Macocco

Photos prises lors des représentations au Centre dramatique de Haute Normandie/Théâtre des deux rives-Rouen le 25 janvier 2013MD-42 MD-41 MD-27 MD-30 MD-31 MD-7

© Photos Mathieu DOUZENEL

Discours prononcé par Claude-Alice Peyrottes, metteure en scène et présidente de l’Association des Amis de Charlotte Delbo à la conférence de presse pour le centenaire de la naissance de Charlotte Delbo

Texte d’introduction à la conférence de presse

Paris le 24 Janvier 2013

L’Athénée-Théâtre Louis Jouvet

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« Chacun témoigne avec ses armes …je considère le langage de la poésie comme le plus efficace- car il remue le lecteur au plus secret de lui-même et le plus dangereux pour les ennemis qu’il combat. » Charlotte Delbo

C’est par ces mots qui disent si  justement toute l’œuvre de Charlotte Delbo où poésie et combat fraternisent sans que l’une ou l’autre ne soient privilégiés, que nous souhaitions ouvrir notre rencontre.

Ces propos sont extraits d’un entretien dans Le Monde du 20 Juin 1974, avec son ami l’écrivain François Bott, « son lecteur »,  qui nous fait le plaisir et l’honneur d’être parmi nous aujourd’hui.

Mesdames, messieurs, Mme Claudine Riera Collet, ici présente, ayant droit et légataire universelle de Charlotte Delbo, et l’Association les Amis de Charlotte Delbo que je représente en ma qualité de présidente, vous remercient chaleureusement d’avoir répondu à notre invitation, à cette date  et dans ce lieu emblématique de la vie et  de l’œuvre de Charlotte Delbo.

L’association Les Amis de Charlotte Delbo, a été créée en Novembre 2010, à l’initiative de Mme Riera Collet, afin de mieux faire connaître l’œuvre de Charlotte Delbo, notamment  à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Durant deux ans l’association est allée à la rencontre des institutions, de ses représentants, de ses acteurs, afin de trouver avec eux les moyens de contribuer à mettre en lumière cette œuvre encore trop méconnue.

L’écho, la bienveillance, l’intérêt, que nous avons perçus  dans toutes ces  rencontres nous ont confortés, parfois réconfortés, et confirmés dans  la nécessité de persister.

Vos présences, aujourd’hui, témoignent de cet engagement.

Le 24 Janvier 1943, il y a 70 ans exactement, jour pour jour, 230 femmes, pour la plupart résistantes dans des réseaux communistes et gaullistes, quittaient Compiègne dans des wagons à bestiaux verrouillés pour une destination inconnue.

Ce convoi dit des 31000, arrivera le 27 Janvier 43 à Auschwitz –Birkenau, après 3 jours et 3 nuits de train.

Sur les 230 femmes de ce convoi, 49 sont revenues après 27 mois de déportation, dont Charlotte Delbo, Marie-Claude Vaillant-Couturier, témoin historique au procès de Nuremberg, ainsi que  Madeleine Jegouzo et Marie-Elisa Nordman, dont les enfants sont présents aujourd’hui parmi nous.

Avec ce centenaire, Charlotte Delbo revient à l’Athénée,  lieu de sa rencontre avec Louis Jouvet dont elle a été la secrétaire personnelle à partir de 1937, année de leur rencontre, à l’occasion d’un entretien qu’elle faisait avec lui, pour un article sur le théâtre à paraître dans les Cahiers de la jeunesse  dont son mari Georges Dudach était le rédacteur en chef. 

A la relecture de cet article, avant sa publication, Louis Jouvet lui dit :

« Ça me plait bien ce que vous avez écrit, je retrouve mon souffle, mes idées, ça me plait à ce point que je vais vous demander d’être ma secrétaire. »

Cette rencontre sera décisive, à plus d’un titre, pour Charlotte Delbo, mais aussi pour Louis Jouvet qui trouvera en elle une secrétaire, une assistante exceptionnelle pouvant rendre compte au plus près des idées, du mouvement de la  pensée, et du  souffle du « patron » qu’elle appelait « Monsieur Jouvet »

C’est donc grâce à ses compétences professionnelles, mais aussi à sa capacité d’écoute, son sens aigu de l’observation, sa vivacité intellectuelle, son goût profond pour la littérature, le théâtre et les conversations qu’elle aimait partager avec lui, que  nous pouvons lire aujourd’hui encore, les  cours du Conservatoire de Louis Jouvet, qu’elle prenait en sténo, puis retranscrivait et qu’il n’a jamais retouchés.

En 1941, Charlotte Delbo suivra la troupe de l’Athénée, dans sa tournée en Amérique du Sud.

En Septembre de la même année, elle décide de les quitter malgré l’insistance de Louis Jouvet pour qu’elle n’en fasse rien. Elle rejoint à Paris, son époux Georges Dudach engagé dans la résistance intérieure. Vivant tout deux  dans la clandestinité, « dans le brouillard » ils sont arrêtés ensemble à leur domicile parisien le  2 Mars 1942, par les brigades spéciales.

Ils sont  autorisés à se revoir une dernière fois dans une cellule de la prison de la Santé à l’aube du 23 Mai 1943.

Georges Dudach est fusillé le jour même avec ses camarades du groupe Politzer, au Mont Valérien.

En Août 43, elle sera transférée au Fort de Romainville où  elle fera  la connaissance de celles qui partageront sa case et formeront avec elle un groupe solidaire à Birkenau, Viva, Yvonne Blech,Yvonne Picard, Lulu, Cécile, Carmen, puis Madeleine Doiret, Poupette…

Après 10 mois de détention elle  quittera le Fort de Romainville avec ses camarades, le 23 Janvier 1943 à destination de Compiègne.

Peu de temps après son retour des camps en Juin 1945, elle écrira sur un cahier d’écolier , d’un trait, le livre qu’elle avait conçu dans sa tête, lorsqu’elle était à Auschwitz, « Aucun de nous ne reviendra », en référence à un poème d’Apollinaire, témoignage poignant de ce que fut l’inconcevable réalité de l’expérience concentrationnaire, et un hommage bouleversant à la mémoire de ses camarades, des victimes de la Shoah, de tous ceux qui ne sont pas revenus.

Dès lors, elle ne cessera d’écrire et nous livrera cette œuvre-témoin, poétique et théâtrale,  dont l’essentiel sera publiée aux Editions de Minuit, ainsi qu’aux Editions Berg International, et récemment Les Provinciales.

Charlotte Delbo est décédée le 2 Mars 1985.

A la mort de  Charlotte Delbo, François Bott écrira un article le dans Le Monde du 4 mars 1985, intitulé :Mort de l’écrivain Charlotte Delbo : La mémoire d’Auschwitz, dont je me permets de lire ces quelques lignes :

« Les écrivains correspondants de guerre qui avaient découvert les camps, en 1945, se posaient la question : que peut la littérature devant tant de crimes ? Charlotte trouvait la question mal formulée : elle ne se demandait pas ce que peut la littérature, mais ce qu’elle doit. Le métier d’écrivain, selon Charlotte Delbo, c’était de témoigner sur notre siècle, et sur le désespoir qui nous atteint, que nous le sachions ou non, lorsqu’on défigure un visage, quel qu’il soit. »

Merci.

Merci  à tous les partenaires, tous les acteurs de ce projet et leurs représentants, ici présents, qui nous ont soutenus, encouragés et ont contribué à la mise en œuvre des événements de cette commémoration.

Derrière chaque institution il y a des personnes, des rencontres humaines, que chacune d’entre elle sache que nous les remercions chaleureusement de leur écoute et de leur engagement.

Merci enfin aux membres bénévoles de l’association pour leurs talents et leur temps consacrés et mis au service de ce projet.

Merci aux artistes, comédiens, metteurs en scène, musiciens, plasticiens, écrivains, qui se sont engagés avec passion pour faire vivre par leurs actes de création, l’œuvre de Charlotte Delbo.

Merci au théâtre de l’Athénée Louis Jouvet pour son accueil et la mise à disposition de ses lieux.

Merci à Muriel Mayette, de s’être engagée dans le projet dès le premier rendez-vous, et d’avoir répondu à notre proposition de lire aujourd’hui une lettre de Charlotte Delbo à Louis Jouvet.

Merci à M. Eric Jouvet.

Je vais maintenant passer la parole à Mme Riera Collet, accompagnée de François Veilhan, musicien et proche de Charlotte Delbo.

Claude Alice Peyrottes

Présidente de l’Association Les Amis de Charlotte Delbo

RUE DE L’ARRIVÉE, RUE DU DÉPART

«RUE DE L’ARRIVÉE, RUE DU DÉPART» d’après «Aucun de nous ne reviendra» de Charlotte Delbo (Editions de Minuit)

Mise en scène: Claude-Alice Peyrottes//avec en alternance: Julie Bouriche, Rémi Dessenoix, Charlotte Ravinet, Taya Skorokhodova, Romain Tamisier, Guillaume Yvon Coproduction: Compagnie Bagages de Sable, CDR de Haute Normandie-Théâtre des deux Rives/Rouen

En tournée dans les Collèges et Lycées de Haute Normandie

cette semaine,

LUNDI 4 ET MARDI 5 FÉVRIER au Collège Lucie Aubrac-Isneauville

91 rue d’Isnel 76230 Isneauville//02.35.12.62.20